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Lettre ouverte à Mme Agnès Buzyn

Publié le 6 septembre 2017, par Jean-Paul HAMON

 Madame la Ministre,

Le 1er septembre, lors de la Conférence Nationale des Unions Régionales des Professionnels de Santé (URPS) médecins libéraux, organisée à la Baule, la Fédération des Médecins de France (FMF) exprimait son ressenti de la désorganisation du système de santé français et la concurrence déloyale entre l’hôpital et la ville. Financements parallèles (Migac) et attribution à la ville de 3 milliards de dépenses générées, en fait, par l’hôpital, en sont les causes évidentes.
Vous avez cru que, par ce préambule, nous réclamions de pouvoir lutter à armes égales avec l’hôpital et par là-même, entretenir la concurrence.

La FMF estime, au contraire, que le temps est venu de déposer les armes et mettre fin à cette concurrence, délétère pour les Français comme pour leurs finances.

Pour établir une vraie collaboration et une communication en temps réel, il faut tout simplement cesser d’exiger de l’hôpital public qu’il soit rentable et qu’il rembourse sa dette. Prenez, Madame la Ministre, une mesure audacieuse : effacez la dette de l’hospitalisation publique ! 29 milliards c’est le prix à payer pour ne plus continuer à léguer près de 10 milliards de dette à nos enfants chaque année.

  • Donnons les moyens à l’hôpital de remplir son rôle d’hospitalisation, à condition qu’il reste dans ses murs.
  • Permettons aux libéraux de prendre en charge l’ambulatoire et les soins non programmés.
  • Enrayons la chute démographique.
  • Instituons un vrai parcours de soins.

Une prise en charge libérale nécessite du personnel, une communication, une coordination, entre tous les professionnels de santé en ville en établissements privés ET avec l’hôpital.
Les outils de la coordination existent.
Les outils de la communication existent.
Le personnel manque.
La volonté politique reste pour le moment au niveau des déclarations d’intention.

Il suffit d’éviter les distorsions de concurrence entre le secteur hospitalier public et le secteur santé libéral pour des services médicaux rendus équivalents.
Lorsque l’ambulatoire s’organise pour traiter les problèmes de son ressort, sur son territoire, il doit disposer de ressources équivalentes à celles qui seraient dévolues au Groupement Hospitaliers de Territoire GHT pour les mêmes actions.

La FMF s’appuie sur des exemples de réalisations opérationnelles et susceptibles de relever les défis de l’avenir :

  • Entr’Actes dans l’Essonne (plateforme de coordination de soins primaires)
  • HAD Libérale de Lorient-Quimperlé
  • Télémédica, plateforme de Télémédecine
  • Apicrypt, déployable sur la France entière pour l’ensemble des médecins libéraux
  • Multiples CPTS libérales existantes répondant aux besoins de soins sur les territoires...


Tous ces outils, gérés directement par les professionnels libéraux, permettent de réaliser des économies de santé et de répondre à des besoins d’organisation de soins sur les territoires. Ils permettent aussi de répondre à la problématique des soins non programmés.

Le Président de la République nous a promis la Révolution, soulignant qu’ « à cette grande transformation nous ne pouvons répondre avec les mêmes hommes et les mêmes idées »1.
Force est de constater que, dans le domaine de la santé, la plupart des premières mesures nous entraînent dans les ornières du passé :

  • décret délirant sur les certificats d’aptitude au sport
  • tango gouvernemental sur le Tiers Payant Généralisable
  • programme de vaccination obligatoire sauf exceptions
  • décisions hâtives concernant le baclofène ou le Lévothyrox
  • gestion calamiteuse du DPC
  • nomination surprenante d’experts (réflexion sur les études médicales excluant tout libéral).

Le politique doit imposer une collaboration ville/établissements/hôpital et mettre fin à la concurrence.
Il doit imposer une vraie organisation des soins

  • avec des libéraux qui auront les moyens de prendre en charge les soins de premier et de second recours, d’assurer le virage ambulatoire
  • avec des hôpitaux qui auront les moyens d’assurer leur mission d’hospitalisation dans leurs établissements sans épuiser leur personnel dans d’autres tâches que celles liées à l’hospitalisation.

Une vraie organisation des soins, c’est un parcours de soins du patient avec 3 niveaux d’organisation et une communication en temps réel.
C’est une prise en charge adaptée sans perte de temps grâce à des outils de coordination déjà largement utilisés dans l’Essonne par tous les professionnels de santé, hôpitaux inclus.
C’est une prise en charge pour les sorties précoces d’hôpital ou les cas complexes nécessitant l’intervention de plusieurs professionnels de santé sur le modèle de l’Hospitalisation à Domicile (HAD) libérale du pays de Lorient.
C’est enfin une information partagée en temps réel par l’ensemble des professionnels de santé prenant en charge le patient grâce à une messagerie sécurisée garantissant la confidentialité, Apicrypt, déjà utilisée par 70.000 professionnels et qui pourrait être déployée sur l’ensemble du territoire en moins de 6 mois et pour moins de 20 millions d’euros .

Une vraie organisation des soins passe par une volonté affirmée de redonner de l’attractivité à la médecine libérale et la faire connaitre des étudiants, en rendant obligatoire un stage en libéral pour tous les internes en spécialité, condition d’une amélioration des relations ville-hôpital.

La Santé DOIT vivre une révolution : les libéraux sont prêts à en être les acteurs.
Le monde libéral est une pépinière d’idées bridées par une administration frileuse, dogmatique et maniaque de la protocolarisation à tous les étages.

« Nous devons tous sortir de nos habitudes, nous devons prendre nos responsabilités »1 ...
... C’est ce que fait la FMF aujourd’hui !

Les médecins libéraux et hospitaliers « affrontent la réalité du monde » depuis un moment, sans pour autant « retrouver l’espérance »1.

Il est temps maintenant de prendre les décisions qui s’imposent, Madame la Ministre, car la désertification libérale s’étend. Le personnel hospitalier est en souffrance. Les délais de prises en charge s’allongent. Dans un an, il sera trop tard.
Vous avez souhaité, Madame la Ministre, rétablir la confiance et demandé aux médecins libéraux de vous aider pour déployer votre stratégie en santé : les médecins libéraux y sont disposés pourvu qu’on les écoute et qu’on les respecte.

Dr Jean-Paul HAMON
Président
Fédération des Médecins de France

1- REVOLUTION !, Emmanuel Macron, XO Editions, 2016

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